Respecter “la nature” de l’enfant ?

On pourrait écrire un livre entier sur le sujet. Ce petit billet n’a pas la prétention d’être exhaustif, mais seulement de proposer quelques réflexions pour nous aider, nous les mères catholiques, à avoir les bons principes en tête. Nulle n’est parfaite, hormis la Sainte Vierge, et comme le poison du monde agit parfois en toute discrétion, je trouve qu’il est bon de se les rappeler régulièrement, pour être sûres de garder le cap.

“Respecter la nature de l’enfant”, une injonction fréquente dans les bons conseils de la parentalité “bienveillante” et “positive”.

Un exemple sur la liberté de mouvement, ou encore ici sur la “bonne éducation selon Spinoza” où il est stipulé qu’une éducation centrée sur Dieu est “infantilisante” (mais quand on connaît un peu d’où vient Spinoza, rien d’étonnant), ou encore ici, de façon plus innofensive, sur la manière d’aider ses enfants à faire leurs devoirs scolaires. On pourrait multiplier les exemples…

L’idée que l’enfant est bon naturellement et que c’est la société qui le gâte nous vient directement des élucubrations de Rousseau (qui a lui même abandonné ses nombreux enfants à l’Assistance publique). Si l’on suit son Emile, l’éducation deviendrait alors “l’art de respecter dans l’enfant la nature, de le laisser se développer à l’aise, en se contentant de le défendre contre la pernicieuse influence des conventions sociales” (cité par l’abbé Auffray dans le chapitre 6 d’Une méthode d’éducation).

Si l’enfant ne se comporte pas correctement, ce n’est jamais de sa faute, mais celle de son milieu social, de ses parents, de la société, de l’école, de ses émotions, de ses “troubles”. Il faut toujours s’adapter à lui, “respecter sa nature”.

Respecter la nature de l’enfant, ses aspirations, ses désirs, sa liberté…

Les pédagogies alternatives comme celle de Steiner, Freinet ou encore celle de Montessori, sur laquelle je reviendrai dans un autre article, ont toutes cet objectif. Ne pas contraindre l’enfant, mais suivre avec lui la voie qu’il emprunte de façon spontanée, en intervenant que lorsque c’est nécessaire, voilà la clé d’une éducation réussie.

La liberté, dans ce contexte, ce n’est pas choisir les meilleurs moyens pour faire le bien. C’est exprimer ses désirs, ses aspirations, ses envies, sans contrainte. Quels sont les enjeux de cette nouvelle définition ? Retirer Dieu du modèle éducatif, ça, on l’a bien compris. Pour le remplacer par quoi ? Le relativisme et l’indifférentialisme.

“Respecter la liberté de l’enfant”, c’est « lui proposer des modèles et lui laisser la faculté de ne pas les imiter. Un enfant ne peut se créer lui-même qu’en disant Non » (Dolto, La cause des enfants, 1985).

Autrement dit, l’enfant construit lui-même son modèle, il est en même temps son propre guide et son point d’ancrage.

“Pourquoi est-ce que cela paraît subversif de dire que les parents n’ont aucun droit sur leurs enfants ? À leur égard, ils n’ont que des devoirs, alors que leurs enfants n’ont vis-à-vis d’eux que des droits jusqu’à la majorité. […] L’enfant n’a pas tous les droits, mais il n’a que des droits. Les parents n’ont sur sa personne aucun droit : ils n’ont que des devoirs.” (Ibid.)

Rien n’est anodin. De ce postulat proviennent beaucoup de dérives aujourd’hui, qui vont toutes à l’encontre de l’intérêt des enfants. Si tout se vaut et s’il ne faut rien leur imposer, chacun devient un électron libre, sans racine, sans Dieu. Rien de fixe. Que du mouvant, de la transition, du fluide. Pour le progrès de l’humanité, évidemment.

L’enfant doit suivre “la voie du progrès” et non ses parents

L’enfant n’est plus un dépôt sacré que Dieu confie aux parents pour qu’ils prennent soin de son corps et surtout de son âme. Un trésor que l’on entoure d’amour et de soins, à qui l’on apprend à prier comme cela s’est toujours fait, depuis le temps de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Dehors, la tradition ! Car il ne faut surtout pas que l’enfant suive la même voie que ses parents, ce serait rétrograde : « Si on faisait toujours comme les parents ont fait, on en serait encore à Cro-Magnon » (Dolto, in D’Ortoli et Amram, L’école avec Françoise Dolto – Le rôle du désir dans l’éducation, 1990).

La religion tout court, c’est dépassé. L’homme n’a plus besoin de Dieu, il se suffit à lui-même. Il devient lui-même un dieu.

Lire l’article “Education et reconnaissance chez Françoise Dolto”, A. Reis Monteiro, Revue “Enfances, familles, générations”, 2009

Remettre la nature de l’enfant sur le droit chemin

Et c’est là qu’on mesure le fossé entre Rousseau et Saint Jean Bosco.

La première différence, qui change tout, c’est que Saint Jean Bosco intègre le péché originel dans sa méthode d’éducation. La nature de l’enfant est avant tout une nature déchue, qu’il faut guider afin qu’elle puisse s’améliorer, se corriger et donner le meilleur d’elle-même.

Lire le chapitre 6 “Péché originel et éducation” de l’abbé Auffray, Une méthode d’éducation - Saint Jean Bosco

Il s’agit donc pour l’éducateur de mettre en lumière les talents de l’enfant, ses aspirations et ses vertus pour l’aider à faire le bien au nom de Dieu.

Se construire, c’est apprendre à glorifier Dieu du mieux que l’on peut, à travers l’exercice des vertus. Celui-ci prendra des formes différentes, en fonction des qualités et des défauts de chacun, de son tempérament et de sa volonté.

Lire l’article “ Tempérament des enfants et éducation catholique”

Par ailleurs, cette liberté ne peut s’exprimer pleinement qu’à la condition de limiter au maximum les mauvaise penchants, liés au péché originel, au caractère de l’enfant et aux circonstances. Cela se traduit par une surveillance de tous les instants - et c’est bien cela que devrait normalement signifier la “bienvieillance” : bien veiller sur ses enfants !

Si l’éducation salésienne s’attache à exciter la curiosité de l’enfant et son désir d’apprendre, elle prend toujours garde à libérer l’énergie tout en la disciplinant. Par quels moyens ? Les exercices et la discipline, le respect des commandements, mais aussi le jeu et les chants.

L’individu ne cherche pas à s’épanouir pour lui-même, mais en faisant grandir sa charité pour Dieu et pour son prochain. Cela demande des efforts pour contraindre sa nature déchue et la remettre, en quelque sorte, sur le bon chemin.

Mais de ces contraintes naît une immense joie : celle de faire librement le bien autour de soi.

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