Le niveau scolaire est en chute libre, mais il y a (bien) pire…

Chères mamans,

Voici le début d’une série d’articles et de vidéos qui vont retranscrire les réflexions menées par un instituteur à l’issue de 15 années d’expérience en école primaire.

Dès qu’il est question d’école, la discussion en vient très rapidement au problème du niveau catastrophique : la jeune génération brille par son ignorance des compétences de lecture et de calcul les plus élémentaires. Les échantillons de résultats ci-dessous en donneront une illustration concrète.

Le constat est alarmant, mais essayons de prendre un peu de recul. La chute abyssale du niveau scolaire est-elle (vraiment) le principal problème que pose l’école aujourd’hui ? Je parle bien sûr de l’école publique, mais aussi de l’école privée sous contrat qui poursuit, en définitive, les mêmes objectifs avec souvent de meilleurs résultats.

La quête des bonnes notes, des beaux diplômes et des longues études nous fait oublier un point fondamental : non seulement l’école ne rend pas intelligent et n’apporte aucune perspective d’avenir à la plupart des jeunes, mais (et c’est bien pire) elle bat en brêche tous les commandements de Dieu, favorise l’immoralité et conduit à la damnation des âmes qui lui sont confiées. Les mots sont forts, mais je crois, chères mamans, qu’il est temps d’ouvrir les yeux ! C’est le salut de nos enfants qui est en jeu.

Mon but ici n’est pas d’alimenter la polémique ni d’agresser qui que ce soit. J’aimerais simplement que nous réfléchissions ensemble sur cette question du niveau scolaire en essayant (ce n’est pas facile !) d’ôter de notre vision le filtre révolutionnaire.

L’école d’avant n’était pas mieux, même si le niveau était meilleur ; les admirateurs du système élitiste de la IIIe République comme Brighelli se trompent de combat. L’école républicaine est mauvaise par essence, car anti-catholique. Ne l’oublions jamais !


Résultats détaillés de deux échantillons (CM2 et CP)

En Cm2, à peine lecteurs, mais aux portes du collège

Voici une petite liste des savoirs élémentaires en français et en mathématiques qui ne sont pas maîtrisés par une majorité de CM2 avant leur entrée au collège :

-écrire un texte court avec une syntaxe correcte, un lexique et une orthographe satisfaisants pour un élève de 10-11 ans ;

-réussir à faire moins de 5 erreurs à une dictée non préparée ;

-s’exprimer dans un français décent à l’oral ;

-lire un texte inconnu avec un score minimal de fluence[1] de 120 mots corrects par minute [2] ;

-comprendre seul une consigne ;

-comprendre un texte littéraire seul (extrait de littérature de jeunesse) et répondre à des questions par des phrases bien construites et sans (trop de) faute(s) ;

-maîtriser l’usage des nombres entiers, des nombres décimaux, des fractions et des conversions dans des exercices de numération ou dans des résolutions de problèmes ;

-maîtriser la règle de trois ;

-être efficace et exact en calcul mental ;

-maîtriser les 4 opérations posées.

À titre d’exemple, voici les résultats obtenus dans une classe de CM1-CM2 en avril 2023 sur un exercice de calcul mental comportant 30 calculs à réaliser en 5 min. Les calculs se composaient de tables de multiplication, additionner et soustraire 9 et 99 et multiplier par 10,100 et 1000. 10 élèves sur 23 ont obtenu un score inférieur à 15, 5 élèves sur 23 ont obtenu un score entre 15 et 20, 8 élèves sur 23 ont obtenu un score entre 20 et 30. Ainsi, 15 élèves sur 23 n’avaient pas le niveau requis concernant ces trois compétences élémentaires de calcul mental.

Fait encore plus significatif, dans la même classe, 18 élèves sur 23 n’ont pas été capables de résoudre un problème qui consistait à calculer le prix de 10 kg d’oranges et 5 kg de pomelos connaissant le prix au kg pour chaque fruit. Bien évidemment, la fluence moyenne de cet effectif n’atteignait même pas les 100 mots/minute. Fait extraordinaire d’une seule classe de CM2 ? Quel doux rêve balayé par le réel.

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Suivent les résultats d’une autre classe de CM1-CM2 lors d’une activité leur soumettant 15 calculs mentaux écrits au tableau avec un temps de réalisation de 20 minutes. Le niveau moyen de cette classe est faible mais il ne faut pas croire pour autant qu’elle représente une exception, il est la norme. Sur 15 opérations qui consistaient à additionner, soustraire et multiplier deux entiers naturels (n+99, n-98, n×5, etc.), 10 élèves sur 19 ont obtenu moins de 5 bonnes réponses, 5 élèves entre 5 et 10 résultats corrects et 4 enfants ont eu un score supérieur à 10. Cette énorme proportion d’élèves très faibles se retrouvera dans chaque exercice proposé à l’effectif tous les vendredis de l’année sans exception.

Orthographe, vocabulaire, géométrie, calcul, mesures, production d’écrits, aucune discipline ne permettra d’inverser la tendance de ces statistiques : 50% des élèves n’ont rien à faire en CM1 ou en CM2 (je parle également pour les CM2 qui pour la plupart ont un niveau de CE1) ; 25% pour lesquels on peut éventuellement trouver une ou deux raisons à leur présence ; 25% qui peuvent prétendre avoir leur place.

Voici venir aussi les statistiques d’un autre CM2 qui confirment encore le fait principal et irréfutable : la majorité des élèves n’ont pas le niveau qu’ils devraient avoir, et de beaucoup !

Sur 23 élèves, en mai, 7 n’avaient aucune idée de la méthode pour additionner deux grands nombres, 12 une idée très vague et 4 savaient faire correctement. Lors d’un exercice venant contrôler les connaissances sur les antonymes, la richesse du lexique et la capacité à déduire le sens d’un mot inconnu, 17 élèves furent en échec total, 5 parvinrent à trouver quelques mots et un élève s’en sortit convenablement.

Dans la même journée enfin, 17 élèves (les mêmes) ont été incapables de former des adverbes en -amment ou -emment à partir de leur adjectif, 3 y sont parvenus très partiellement et 2 avec plus de succès. Petit fait aussi amusant qu’inquiétant, la grande majorité des enfants n’avaient même pas remarqué que nous avions vu et écrit au tableau les réponses pour certains mots demandés en préparant l’exercice en amont !

Mais pas d’inquiétude, tout ce beau petit monde ira au collège du secteur poursuivre leur ascension jusqu’au diplôme libérateur.

Cela me rappelle un fait similaire en classe de 4e SEGPA [3], avec des élèves ayant 14 ou 15 ans : j’avais annoncé à ce beau petit monde que les réponses à l’évaluation étaient inscrites au tableau (c’était vraiment le cas) et qu’ils n’avaient qu’à trouver où les écrire sur leur feuille. Cette aide, digne d’une tricherie pure et simple, ne fut d’aucune utilité car mes élèves étaient incapables de comprendre les questions posées et de faire le lien avec les réponses écrites au tableau… [4]

La SEGPA est par ailleurs une belle preuve de ce que j’avance. J’ai enseigné dans cette section durant trois ans et demi dans deux collèges différents. Le nombre d’élèves présents dans cette section d’enseignement représentait 13 et 10% des élèves inscrits. Il faut bien se rendre compte que cela représente autant d’enfants entre 12 et 16 ans qui ont un niveau scolaire oscillant entre le CP et un mauvais CE2, voire celui d’un petit CM pour certains. Ajoutons à cela pour les élèves des classes générales au minimum (avec un optimisme surréaliste) 25% d’élèves en difficulté par classe, nous avons environ 35% d’élèves qui n’ont absolument rien à faire dans l’enseignement secondaire au regard de leur niveau scolaire.

‍Et encore, je suis ici animé d’un optimisme concernant les proportions d’élèves en difficulté qui me surprend moi-même. Comment expliquer par ailleurs, si 50% des élèves du général sont en difficulté, les 85% et 88% de réussite au DNB en 2022 pour ces deux collèges (ce qui est impensable pour qui connaît ce havre de paix et de savoir) ? Le « miracle » républicain semble être la seule réponse envisageable.

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Retournons maintenant une nouvelle fois en CM2 dans une école qui est l’une des trois meilleures de ma circonscription, avec un fort pourcentage d’enfants de cadres relativement aux autres établissements. Dans une des trois classes de CM2 de l’école, la première dictée de l’année donna les résultats suivants : 8 élèves sur 27 (soit 29.6%) ont commis plus de 15 erreurs (jusqu’à 29 fautes pour 84 mots) ; 7 élèves sur 27 (25.9%) entre 6 et 14 erreurs ; 12 élèves sur 27 (44.5%) entre 0 et 5 erreurs. Il me faut préciser que plus de la moitié des mots de la dictée étaient à apprendre à la maison et travaillés en classe durant les trois jours précédant l’exercice final. Malgré ce mâchage du travail, 55% des élèves de la classe ont fait assez de fautes pour ne pas pouvoir prétendre au niveau d’orthographe requis pour commencer l’année de CM2. ‍

Un mois plus tard vint la troisième dictée de la première période qui fournit sans surprise des statistiques comparables : 11 élèves sur 27 (soit 29.6%) ont commis plus de 15 erreurs ; ‍8 élèves sur 27 (25.9%) entre 6 et 14 erreurs ; 8 élèves sur 27 (44.5%) entre 0 et 5 erreurs.

Ici aussi, pas d’inquiétude puisque le système de notation appliqué dans l’École prévoyait un pourcentage de réussite sur le total des mots. Ainsi, avec 15 fautes sur 84 mots, l’enfant obtient le score de 82/100 soit quasiment 16.5/20 !

Et si vous vous demandez ce que cela donnerait sur une dictée non préparée, voici les résultats de la dictée proposée par l’association ELA en octobre 2023 :

- 23 élèves sur 27 (soit 85.2%) ont commis plus de 15 erreurs (jusqu’à 29 fautes pour 84 mots)

-4 élèves sur 27 (14.8%) ont commis entre 6 et 14 erreurs

 - 0 élèves sur 27 (0%) commirent entre 0 et 5 erreurs

‍ ‍Voilà donc « l’élite » de ma circonscription.

Les élèves les plus en difficulté de la classe étaient, il faut le dire, adorables et pleins de bonne volonté. J’admire ces enfants qui restent bons et persévérants alors que la machine républicaine les tire de force de classe en classe. Mais quel sera le degré de liberté de ces petits une fois grands ? Quel avenir trouveront-ils pour eux-mêmes et quel est celui qu’ils pourront bâtir pour leurs propres enfants ?

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Je pourrais remplir des pages et des pages de résultats tout aussi consternants pour chaque nouvelle classe rencontrée, chaque année, chaque semaine, ou chaque jour selon la configuration de mes remplacements. J’ai personnellement enseigné dans toutes les Écoles élémentaires de ma circonscription, de la pire à la meilleure, et je n’ai jamais constaté autre chose que ce que je relate ici. Devrais-je changer de circonscription pour trouver un niveau moyen sensiblement plus élevé ? Quel vain espoir ! Il n’y aucune raison valable de penser que ce serait le cas, ni aucune donnée objective nous poussant à l’admettre. Partout, l’École de la République forme désormais des CM2 qui échoueraient quasi unanimement à obtenir leur certificat d’étude. Voilà l’implacable réalité.

‍En outre, Il faut bien se rendre compte que le retard dans les aptitudes scolaires ne se rattrape pas. La règle en la matière consiste dans l’augmentation des lacunes dans le temps. L’élève en difficulté en début de parcours élémentaire et qui deviendra plus tard un très bon élément représente une exception ; en aucun cas la norme.

‍Certes, il s’agit d’une exception dont raffole l’éducation nationale, un cas rarissime dont pourrait se servir la gauche pour légiférer. En réalité, le CP qui ignore l’alphabet et le son produit par chaque lettre en début d’année et méconnaît totalement l’écriture, sera en grande difficulté en grammaire, en compréhension et en lecture pour les quatre années restantes en élémentaire. Une main invisible le poussera dans le dos durant tout son collège et le miracle de l’absence de sélection et des quotas de réussite l’emmènera sans doute dans un lycée quelconque pour y obtenir un baccalauréat dans une filière technologique. Mais à aucun moment il n’aura eu le niveau attendu dans aucune des classes qu’il aura fréquentées.

‍D’un simple point de vue logique, cela devrait déranger. D’un point de vue humain et social, c’est criminel. Cependant, tel est l’idéal de notre République, libérer ces pauvres petits par le don d’un diplôme sans valeur.

Il n’en demeure pas moins que dans chaque classe fréquentée, plus de 200 dussé-je le rappeler, c’est la même chose. Ce qui devrait être su par une majorité d’élèves ne l’est pas. La lecture est trop hachée, le vocabulaire trop pauvre, les fautes en surnombre et les aptitudes mathématiques ne permettent même pas de jouer à la marchande sereinement.

Trois CP de 2021 à 2023

‍Poursuivons tout de même en nous focalisant sur une autre partie de mon échantillon d’élèves. Nous allons nous pencher sur trois classes de CP auxquelles j’ai enseigné lors des années scolaires 2021-2022 et 2022-2023.

‍Les effectifs sont les suivants : 23 CP pour la première classe, 18 CP pour la deuxième et 11 pour la dernière (il s’agit d’un CP dédoublé en REP+[5]), soit 52 élèves au total.

‍Pour l’ensemble de ces trois classes que je regroupe ici en une seule, des mesures régulières de la fluence de tous les élèves en fin d’année ont donné les statistiques suivants : 29% ont une fluence inférieure à 20, 30.2% une fluence entre 20 et 50, 25% entre 50 et 75, 11,1% entre 75 et 100, et enfin 3.7% une fluence supérieure à100.

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 Selon le ministère de l’éducation, un élève de CP doit être capable de lire un texte avec une vitesse minimale de 50 mots par minute. Il est facile de constater que ce n’était pas le cas pour une majorité d’enfants. Pour information, 50 mots par minute restent une vitesse lente et se rapprocher des 100 devient vite indispensable pour comprendre un texte ou le lire convenablement à haute voix à un public. Mais pas de panique ! Si l’élève sort de son CP sans savoir lire, il aura tout son cycle 2 pour maîtriser cette compétence…

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A travers ces tests, j’ai constaté un lien quasi systématique entre vitesse de lecture et compréhension. Ainsi, parmi ces 52 élèves, en juin, près de la moitié étaient incapables de répondre oralement à des questions de compréhension sur un texte de niveau CP lu seul. L’intégralité des lecteurs très lents avaient une compréhension lacunaire et quelques élèves avec une fluence supérieure à 50 souffraient du même défaut.

‍A l’écrit, sur ce même échantillon, 22% des CP ont réussi à répondre correctement à toutes les questions, 78% ont répondu partiellement ou pas du tout. Lire suffisamment vite s’est révélé être une condition nécessaire mais non suffisante pour comprendre un texte. L’intelligence propre de l’individu semble être l’autre paramètre important.

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A ce propos, concernant une de ces classes de CP (année 2021-2022, 23 élèves concernés), j’ai fait le choix de me concentrer uniquement sur la lecture et les mathématiques durant toute l’année, au détriment de toutes les disciplines inutiles pour l’instruction mais très utiles à l’endoctrinement (éducation morale et civique, questionner le monde et langue vivante principalement).

‍La part belle fut faite à la fluence, au calcul et à la numération. Les progrès réalisés en fluence furent significatifs pour un tiers de l’effectif, ceux en mathématiques moins importants. Toutefois, j’acquis la conviction qu’en supprimant le superflu, il était possible de faire progresser des élèves très faibles sur des savoirs élémentaires (ce qui était le cas de la majorité des enfants dans cette classe).

‍ En revanche, les progrès réalisés dans des tâches systématiques telles que le déchiffrage d’un texte ne furent pas transposables sur celles qui demandaient compréhension et interprétation. Déchiffrer n’est pas lire et encore moins réfléchir. L’intelligence, entendue ici comme capacité à abstraire et à créer des liens logiques, ne semble pas se renforcer par répétition d’une tâche simple et la règle dans ce domaine est selon moi l’inégalité des capacités individuelles.

‍Supposer des conditions extérieures à l’individu qui causent les différences constatées ne fait que reculer l’inévitable constat : les capacités propres des individus ne sont pas équivalentes. Il n’est pas possible pour le moins de fonder une réflexion sur l’École sur une égalité supposée des dispositions.

‍Par ailleurs, sur le total des trois classes, quatre élèves ne reconnaissaient pas les lettres de l’alphabet en script et pas moins de 20 étaient incapables d’écrire une phrase simple en phonétique (en ayant tous les sons des mots avec un séquençage correct).

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Evidemment, si nous remontions le cours du temps pour observer leur année de grande section de maternelle, nous constaterions un retard du même ordre. Ce n’est pas parce qu’un élève passe au niveau supérieur qu’il comble miraculeusement ses lacunes pendant l’été. Ces élèves seront très probablement toujours en retard et les dispositifs d’aide, la "différenciation" du contenu d’enseignement, n’y changeront rien ou si peu.

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En mathématiques, j’ai proposé à ces trois mêmes classes un petit jeu qui consiste à travailler les tables d’addition sous la forme d’une course en ligne. L’élève incarne un animal, l’ordinateur un autre animal qui avance à trois allures possibles correspondant à trois niveaux de difficultés. Pour que l’animal contrôlé par l’élève fasse un pas, ce dernier doit répondre juste à une addition.

‍Pour gagner la course, il doit répondre correctement à dix calculs avant que l’ordinateur ait rallié l’arrivée. Les trois niveaux de difficulté sont représentés par trois médailles, de bronze, d’argent et d’or. Le temps maximum autorisé pour répondre aux dix additions est respectivement de 80s, 45s et 25s.

‍La course la plus lente laisse le temps à l’enfant de réaliser les calculs dans sa tête ou sur ses doigts. Il a le temps de se tromper également. Plus on s’approche des 25s et plus la procédure de calcul doit être efficace et en deçà, c’est le par cœur qui prend le relai et les erreurs sont proscrites.

‍ Tel est en effet l’objectif derrière le fait d’apprendre les tables de calcul, que la mémoire devienne un moyen fiable d’alléger la procédure en vue d’opérations plus compliquées à exécuter. Afin d’éliminer tout ralentissement ou erreur liés à la frappe des réponses sur le pavé numérique du clavier, c’est l’enseignant qui s’occupe de cette tâche.

L’exercice a été réalisé à la fin de la quatrième des cinq périodes de l’année sur la table de 3 (qui n’est pas la plus compliquée de toutes, le lecteur me l’accordera). Nous avions au préalable travaillé la méthode de calcul en utilisant le support du jeu depuis septembre, et les élèves sont censées apprendre les tables d’addition par cœur. Il ne s’agissait donc pas d’une découverte lors de leur petit test, loin s’en faut.

‍ Voici les résultats obtenus à ce petit jeu pour mes élèves de CP :

-50% des élèves n’ont pas réussi à obtenir la médaille de bronze, la plupart sans dépasser 5 réponses sur 10 à des calculs du type 5+3, 3+8, etc.

-11% ont obtenu la médaille de bronze

-19.9% la médaille d’argent

‍-19.1% la médaille d’or.

‍ L’exercice, de par son côté ludique et rythmé, fut stimulant pour les élèves et source de progrès pour certains. Cependant, même si la réussite de 50% de l’effectif peut être vue comme une satisfaction, le point fondamental selon moi est que la moitié n’a pas réussi le test.

‍ Autrement dit, la moitié de ces élèves ne savaient pas encore additionner 3 à un nombre inférieur ou égal à 10 au mois d’avril. Ces enfants sont à quelques exceptions près exactement les mêmes qui avaient une fluence de lecture basse ou très basse. En ce qui me concerne, la conclusion inéluctable, que l’on peut regretter si l’on veut, mais en aucun cas nier, est que la moitié des enfants présents dans ces trois classes de CP n’avaient pas le niveau scolaire pour s’y trouver.

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  […]

Quelle conclusion en tirer ?

Je ne tire pas les proportions données en début de chapitre de mon chapeau de réactionnaire. Il s’agit des scores réels obtenus par ma population élève réelle. J’ai livré les résultats de quelques exercices choisis mais cent autres dans cent classes différentes auraient révélés des pourcentages tout à fait comparables.

Ainsi, concernant mes 52 élèves de CP, un constat similaire a été fait sur toutes les « compétences » fondamentales (je préfère le mot « savoirs ») sans lesquelles on ne peut ni lire, écrire ou compter. Les proportions de ceux qui savent faire à la fin de l’année et de ceux qui ne savent pas étaient sensiblement identiques.    Un des tours de passe-passe de l’institution pour atténuer officiellement le nombre de “ceux qui ne savent pas“ est de limiter l’appréciation de l’enseignant à non acquis, en cours d’acquisition, acquis, dépassé (l’élève sait davantage que ce qui est attendu). Evidemment, ils auront pris soin de supprimer au préalable la note.     

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Entre l’élève qui ne sait rien faire du tout et celui qui ne sait pas grand-chose, l’enseignant sera enclin à limiter le non acquis au premier alors que la seconde catégorie n’a également rien acquis du tout. A titre d’exemple, si l’on reprend mon histogramme, les 4 élèves ayant obtenu 0 auront « non acquis » et les 9 élèves ayant un score compris entre 1 et 5 auront en cours d’acquisition. Or, ces derniers ne savent pas calculer, il s’agit donc d’un cache misère.

Mais on a beau maquiller le réel de vert, de jaune, d’orange ou de rouge [6], il finit toujours par se manifester au premier exercice réalisé seul, parfois dès les premières minutes de l’année scolaire ou de la rencontre avec un élève sur un remplacement…

Les échantillons élèves présentés ci-dessus sont récents. Cependant, il ne faut pas croire que la situation était plus brillante en 2009 lorsque je suis devenu enseignant. La proportion d’élèves en difficulté était identique et la médiocrité régnait déjà dans la majorité des classes rencontrées. J’ai en souvenir une classe de maternelle de Bron ou pas un seul élève ne parlait français et un CE1 à Lyon 3e auquel j’ai fait classe à l’année où le niveau et la morale étaient tout à fait désastreux. Faut-il s’en étonner alors que la même ligne politique était suivie depuis les années 60 et ses désastreuses réformes d’inspirations communistes ?

Aussi loin que je puisse me souvenir, une seule classe sur les 200 que j’ai fréquentées en quinze ans pourrait faire mentir ma proportion d’une moitié d’élèves qui n’ont pas le niveau. Ainsi, ce constat fut confirmé pour 99,5% des effectifs que auxquels j’ai fait cours. Pas trop mal, en termes de représentativité n’est-ce pas ?

Hasard d’une circonscription ou constante qui les décrit toutes, je vous laisse deviner…

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[1] On appelle fluidité ou fluence de lecture la capacité à lire correctement un texte continu, au rythme de la conversation, et avec une prosodie appropriée. Elle est mesurée par le nombre de mots corrects lus par minute.

[2] Ce score reste faible pour un élève de cm2. Un CE1 performant peut aisément atteindre 150 mots.

[3] Section d’Enseignement Général et Professionnel Adapté.

[4] En 2024, dans une classe réunissant 13 ce2 et 12 cm1, j’ai fait le choix d’indiquer lors des dictées le genre et le nombre des groupes nominaux pour faciliter l’application des règles grammaticales ; de même que pour les verbes, j’ai donné aux élèves le genre et nombre de leurs sujets. Sur une période entre deux vacances scolaires, toutes les dictées sauf une sont préparées, les mots sont distribués aux enfants le vendredi. Après travail (en théorie) à la maison le week-end, ils sont dictés tels qu’ils apparaissent sur la liste le lundi et le mardi sous forme de GN avec accords à effectuer. Le jeudi, c’est une phrase incluant certains termes de la dictée et la semaine se conclut en beauté avec la dictée complète le vendredi. Lors de cette dernière, j’ai donc fait le choix, pour aider les élèves d’indiquer tous les accords, non pas en donnant directement les réponses mais en les indiquant grâce à des formulations grammaticales du type : le verbe est à l’infinitif, le participe passé est au masculin singulier, il faut accorder tout le GN au féminin pluriel, etc. Sur 25 élèves, 6 tout au plus ont utilisé mes indices correctement, une dizaine les a utilisés (très) partiellement et une petite dizaine n’en ont strictement rien fait ; non pas qu’ils n’écoutaient pas, ils étaient parfaitement attentifs, mais ils furent incapables d’en faire quelque chose. Donner les réponses ne suffit plus.

[5] REP+ : Réseaux d’éducation prioritaire avec le + qui signifie la priorité absolue de favoriser cette zone.

[6] En remplacement de l’appréciation chiffrée d’un travail, un des systèmes qui a remplacé la note, en plus de l’appréciation "à la louche" du acquis, non acquis, presque acquis, c’est un système du même ordre avec des couleurs. Ces systèmes interdisent tout classement des élèves, y compris celui effectué par et pour l’enseignant. Un acquis vaut un autre acquis, un orange un autre orange et l’égalité s’en porte mieux !

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